Notre retour sur place

 
Pour savoir pourquoi notre association a décidé de remettre le pied sur le domaine, il est bon de savoir pourquoi elle en est partie…
De 1986 à 2001, avec des moyens souvent fort dérisoires, notre association a essayé de faire connaître le domaine de la Chartreuse, d’en assurer un semblant d’entretien et d’éviter tant bien que mal les pillages organisés que subissait le fort.
Pour ce faire, elle a installé et remplacé à ses frais au fil de ces années un nombre invraisemblable de cadenas, ramassé des quantités tout aussi invraisemblables d’immondices et subi de nombreux actes de vandalisme.
Pour ce faire, elle a souvent reçu l’aide de l’Echevinat de l’Environnement. Aide ô combien précieuse mais bien évidament limitée puisque le personnel communal n’a pas pour vocation d’entretenir un terrain privé dont le propriétaire, à savoir le Ministère de la Défense Nationale, se soucie comme d’une guigne.
Vu les actes perpétuels de vandalisme auxquels nous étions confrontés, ouvrir le local le samedi relevait de l’exploit: il fallait en effet chaque samedi apporter quasi cinq cents kilos de matériel, tout installer, puis à la fin de la journée, ranger tout ce matériel dans une remorque, y compris même le poële, et repartir.
Lors des journées du patrimoine, nous devions commencer à monter les installations le mercredi et terminer de les démonter le lundi suivant, et ce bien entendu tout en assurant une garde de nuit.
Au fil des années, bien que certains pas dans la bonne direction ayent été faits (classement, achat des zones vertes par la Ville de Liège…), la démotivation nous gagnait car plus rien n’avançait sur le domaine.
En décembre 2001, Pierre MICHAUX, qui s’occupait de l’intendance, a décidé de mettre un terme à ses activités sur place. Il n’était dès lors plus question de tenir le local tous les samedis, raison pour laquelle nous n’avons plus assuré que les samedis de visite une fois par mois.
Mais en avril 2002, La Défense Nationale, par le biais de sa Troisième Direction Régionale des Bâtiments Militaires (3KDR), s’est soudain souvenue qu’elle avait certaines responsabilités sur le domaine. Elle a donc convoqué les ASBL présentes sur le site pour leur expliquer que la « reprise en mains » du site avait commencé et qu’on allait voir ce qu’on allait voir.
Et de nous expliquer, à nous qui connaissions depuis dix-huit ans les problèmes d’effractions sur le domaine, que dorénavant il y avait de nouveaux cadenas et que chaque fois que nous voudrions entrer dans le fort, il nous faudrait aller chercher la clé à Saint-Laurent et que cette clé pourrait nous être refusée sans préavis si tel était le bon plaisir du commandant de la 3KDR. De plus, la clé était attachée par une chaîne à une énorme boîte à munitions de manière à ce que nous ne l’égarions pas… Nous sommes tellement stupides nous autres simples civils.
Outrés par un tel manque de respect pour notre travail et par une telle grossièreté, nous avons refusé de nous prêter à une telle mascarade et nous avons quitté la « réunion ».
Avec le recul, quelle était la raison de l’attitude des militaires? L’envie de débarasser le domaine des ASBL pour le rendre présentable à un promoteur? Peut-être. La stupidité? Probablement. Le manque d’éducation? Sûrement.
Toujours est-il que moins de deux semaines plus tard, les superbes nouveaux cadenas de nos valeureux militaires avaient été fracutrés. Mais cette fois nous n’étions plus là pour les remplacer…
Nous avons ensuite assuré une visite du domaine à partir de l’arvô, puis les Journées du Patrimoine 2002, mais le coeur n’y était plus.
Aujourd’hui, la situation est différente: le domaine militaire est vendu, au moins un promoteur sérieux a commencé les travaux et un projet global d’affectation du fort existe.
Bien sûr ce n’est pas ce que nous rêvions, loin de là, mais au moins ce projet a le mérite d’exister. Ce projet nous a été présenté ainsi qu’aux riverains et aux autorités communales. Le promoteur tenait à obtenir un consensus le plus large possible. Il a même en partie tenu compte de notre avis sur certains bâtiments, c’est dire…
Mais il nous est apparu clairement que ce n’est pas de nos salons respectifs que nous allions continuer à donner notre avis et à nous poser comme interlocuteurs incontournables.
Nous avons donc décidé de réinvestir les lieux et nous avons choisi de nous installer à l’arvô.
Pourquoi l’arvô? Et bien d’abord, il est la propriété de l’ASBL « Parc des Oblats », ce qui veut dire que de là, personne ne nous mettra dehors… Ensuite, il est illusoire de vouloir retourner dans le fort maintenant: c’est un chantier, et pour longtemps. Enfin, et c’est le plus important, ce bâtiment se trouve en bordure de voie publique, il ferme à clé, il va être équipé d’une installation électrique ET d’un système antivol avec transmission d’alarme par GSM. C’est Pierre MICHAUX, revenu parmi nous, qui se chargera de la partie technique de cette installation.
Ce qui veut dire que nous allons enfin pouvoir nous installer sans devoir déplacer la demi-tonne de matériel que nous évoquions plus haut.
Quand allons-nous ouvrir, organiserons-nous des visites, où et comment? Voilà des questions auxquelles nous répondrons notament ici et sur le domaine si vous nous faites le plaisir de venir nous voir.
A bientôt.


Pierre Michaux